L’émergence des communautés de communes : pourquoi et comment ?

Depuis la loi du 6 février 1992, renforcée par la loi Chevènement de 1999, l’organisation des communes en “communautés” s’est accélérée. Le but ? Permettre à nos villages, centres-bourgs et villes moyennes de s’unir pour mutualiser moyens, porter des projets structurants et défendre leur autonomie face aux grandes agglomérations. Dans le Blésois, trois principales entités se partagent cette mission :

  • La Communauté d’agglomération de Blois Agglopolys (43 communes, près de 110 000 habitants — Source : agglopolys.fr)
  • La Communauté de communes Beauce Val de Loire (21 communes, environ 21 000 habitants — Source : beaucevaldeloire.fr)
  • La Communauté de communes du Grand Chambord (16 communes, 16 500 habitants — Source : grandchambord.fr)

Ailleurs, d’autres EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale) organisent la solidarité et les stratégies partagées, mais ce sont bien ces trois-là qui couvrent la majeure partie de ce que l’on nomme familièrement “le Blésois”.

Leur cœur de métier : des compétences précises et obligatoires

Contrairement à une idée reçue, les communautés de communes n’ont pas carte blanche. Leurs missions sont fixées par la loi et évoluent avec les années. Il existe deux catégories de compétences :

  • Compétences obligatoires : imposées par l’État, elles doivent être exercées par toutes les communautés de communes.
  • Compétences optionnelles et facultatives : choisies parmi une liste, selon les réalités locales, les besoins et les envies des élus.

Depuis la loi NOTRe (2015), le partage des tâches s’est clarifié… mais aussi complexifié : certaines attributions municipales migrent désormais vers l’intercommunalité.

Les principales compétences obligatoires

  • Développement économique : zones d'activités, soutien à l’emploi, accueil des entreprises, gestion des pépinières. Sur Agglopolys, c’est par exemple la gestion de 32 zones d’activités (source : rapport d’activités 2022), soit plus de 285 hectares dédiés au tissu économique.
  • Aménagement de l’espace communautaire : urbanisme, SCOT, PLUi (Plan Local d’Urbanisme intercommunal), mobilité douce, espaces naturels sensibles. En 2023, près de 600 km d’itinéraires cyclables étaient gérés par Agglopolys et Grand Chambord.
  • Collecte et traitement des déchets : du fameux bac jaune à l'organisation des déchèteries. On compte par exemple 13 déchèteries pour le seul territoire d’Agglopolys.
  • Gestion de l’eau et de l’assainissement : depuis 2020, cette mission majeure est partagée au niveau intercommunal ; les infrastructures sont entretenues, et les usines de traitement modernisées.

Des compétences optionnelles locales et souvent stratégiques

Elles dépendent des priorités fixées dans chaque conseil communautaire, mais on retrouve fréquemment :

  • Enfance et petite enfance : crèches, relais assistants maternels.
  • Culture et sport : médiathèques intercommunales, gestion de piscines (celle de Blois, celle de Bracieux…), organisation d’événements sportifs ou culturels d’envergure.
  • Tourisme : développement des offices, itinéraires thématiques, festivals, valorisation du patrimoine. Grand Chambord, par exemple, supervise la Maison du Cerf à Villeny ou les activités fluviales le long de la Loire.
  • Habitat : programmes d’amélioration, aides à la rénovation énergétique, chartes de l’habitat. En 2022, 615 logements ont été aidés par les dispositifs communautaires sur l’Agglopolys (rapport annuel).

Des services au quotidien : ce qui change dans la vie des habitants

Au fond, à quoi cela sert-il, tout ça ? Pour les habitants du Blésois, ce sont des services souvent invisibles mais concrets, dans chaque rue ou presque :

  • La gestion des transports interurbains : Le Réseau Azalys, piloté par Agglopolys, c’est 6,2 millions de voyages par an sur 2022 (source : Azalys), dont beaucoup de scolaires et d’actifs, parfois de nuit, parfois dans nos villages pourtant éloignés de “la grande ville”.
  • Valorisation des circuits courts : Salles des fêtes rénovées, marchés de producteurs organisés ou relayés (cf. “Marché du Grand Chambord”), appui logistique pour l’agriculture locale.
  • Gestion des crues : Entre Cisse, Loire et Loir, on ne badine pas avec l’eau ! Les bassins de rétention, les alertes inondations ou le dragage des fossés sont coordonnés au niveau intercommunal. En janvier 2024, lors d’une alerte crue sur la Loire, la cellule de veille d’Agglopolys a mobilisé 48 agents en 24h.
  • Accès au numérique : Le déploiement de la fibre (92 % du Blésois couvert fin 2023 selon le Département), soutenu par les communautés de communes, réduit de plus en plus la fracture entre ville et campagne.

Des chiffres, pour mesurer l’impact

Communauté de communes Population couverte Budget 2023 (€) Déchets collectés/an (t) Zones d’activités créées
Agglopolys 109 000 143 M 44 000 32
Beauce Val de Loire 21 000 20 M 6 700 7
Grand Chambord 16 500 17 M 5 200 4

(Sources : rapports budgétaires et activités respectifs 2022-2023)

L’art du “faire ensemble” : gouvernance et démocratie locale

Derrière ces actions, il y a de véritables laboratoires de démocratie : chaque communauté de communes est dirigée par un conseil communautaire (composé des délégués des conseils municipaux) et un président élu. Les débats sur les compétences, la fiscalité ou la répartition des équipements sont parfois animés — il suffit d’assister à une séance publique pour saisir le poids des enjeux (voir les comptes-rendus sur Agglopolys.fr).

Certaines décisions sont parfois contestées localement — qu’on pense, par exemple, au débat sur l’extension de la zone industrielle de la Renaudière, ou à la mutualisation des crèches. Mais la logique est toujours celle du compromis pour trouver la meilleure échelle : trop petit, le service n’est pas viable ; trop grand, on perd le lien local.

Notons également que ces conseils communautaires ont parfois la main sur la fiscalité locale : les taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, par exemple, sont votés à ce niveau.

Évolutions en cours et enjeux d’avenir

Le rôle des communautés de communes évolue au fil des réformes : demain, elles devront relever le défi du Zéro Artificialisation Nette (ZAN), mettre en œuvre la transition énergétique (avec, dès 2024, les Contrats de Transition Écologique à l’échelle intercommunale !), tout en maintenant la qualité des services publics.

L’histoire locale raconte que c’est lors des crues de Loire de 1856, puis de 1940, que la coopération municipale s’est vraiment structurée dans le Blésois : partage des pompiers, gestion des digues, entraide alimentaire... Aujourd’hui, ce même esprit irrigue la gouvernance intercommunale, avec l’appui du numérique et l'obligation de participer à la compétition entre territoires.

Le mot d’ordre ? Rester “proche” des habitants. Les intercommunalités se veulent les relais d’un service public à taille humaine, anticipant les besoins plutôt que de les subir. Le défi, dans les années à venir, sera de renforcer la participation citoyenne : budgets participatifs, conseils de développement, consultations en ligne. Tout un programme pour faire des communautés non plus seulement des gestionnaires, mais de véritables acteurs de la vie blésoise.

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