Un paysage découpé : Agglopolys, 43 communes sous le même toit

Avant toute chose, posons l’échiquier. Agglopolys, c’est la communauté d’agglomération de Blois, créée en 2000 (source : Agglopolys). Elle regroupe aujourd’hui 43 communes du Loir-et-Cher, qui vont bien au-delà des limites blésoises : de Chambon-sur-Cisse à la Ville-aux-Clercs, de Saint-Gervais-la-Forêt à Vineuil, avec des réalités aussi différentes qu’un village de 300 habitants ou un secteur périurbain hyper-dynamique.

  • Nombre d’habitants total : environ 110 000 (INSEE 2020)
  • Superficie : 792,4 km²
  • Commune la plus peuplée : Blois (près de 46 000 habitants)

Qu’est-ce qu’un conseil communautaire ? Mieux qu’une réunion de voisins

Le conseil communautaire, équivalent à un « parlement local », est l’organe délibérant d’Agglopolys. C’est là que se prennent toutes les grandes décisions concernant le territoire : budget, projets structurants, gestion des services publics, actions en faveur de l’habitat, mobilités, développement économique, solidarité. Il réunit, pour chaque mandat (six ans), l’ensemble des délégués élus ou désignés par les conseils municipaux des communes membres.

  • Nombre de conseillers communautaires : 73 (pour la mandature 2020-2026, source : Agglopolys.fr)
  • Répartition des sièges : proportionnelle à la démographie de chaque commune (par exemple, Blois en compte 22, Vineuil 4, La Chaussée-Saint-Victor 3...)

Cette composition n’est pas figée : elle suit les évolutions du recensement et chaque commune est garantie d’avoir au moins un représentant.

Élection et représentativité : comment sont désignés les membres ?

Depuis la réforme de 2014, les conseillers communautaires sont en général élus au suffrage universel direct, lors des élections municipales. Sauf dans les communes de moins de 1 000 habitants où ils sont désignés par le conseil municipal.

  • Dans les communes de plus de 1 000 habitants : les électeurs élisent directement lors du scrutin municipal une liste de conseillers communautaires, en même temps que les conseillers municipaux.
  • Dans les plus petites communes (moins de 1 000 habitants) : les conseillers municipaux choisissent, en leur sein, ceux qui siègeront à l’agglomération.

Cette articulation garantit à la fois une représentation populaire et une continuité entre la politique municipale et les enjeux intercommunaux.

Quelle organisation ? Le bureau, la présidence et les commissions

Le fonctionnement du conseil communautaire s’appuie sur une organisation inspirée des grandes assemblées : bureau, président(e), vice-président(e)s, conseillers délégués, commissions thématiques.

  • Le président : c’est le chef d’orchestre. Il prépare l’ordre du jour, assure la représentation de l’intercommunalité, fait exécuter les décisions. À Blois, depuis 2020, il s’agit de Christophe Degruelle (divers gauche), maire de La Chaussée-Saint-Victor.
  • Les vice-présidents : ils (ou elles) gèrent chacun(e) un domaine : mobilités, environnement, développement, sports, finances, etc. Pour Agglopolys, on compte 15 vice-président(e)s pour la mandature actuelle.
  • Le bureau communautaire : il regroupe président, vice-présidents et quelques membres supplémentaires ; c’est là que s’élaborent les décisions à proposer au conseil.
  • Les commissions : elles regroupent des conseillers autour de thématiques spécifiques (transports, culture, déchets…). L’objectif : travailler les dossiers en profondeur avant le vote en séance plénière.

Les séances du conseil communautaire se tiennent environ une fois par mois, souvent à la Maison de la Magie ou dans l’une des grandes salles communales. Elles sont publiques et parfois retransmises ou enregistrées.

Que fait le conseil communautaire ? Des compétences multiples… et des sujets brûlants

La loi NOTRe de 2015 a durablement renforcé le pouvoir des intercommunalités. À Agglopolys, la liste des compétences obligatoires ou optionnelles s’est élargie ; cela inclut désormais :

  1. Développement économique : gestion des zones d’activités, soutien aux entreprises, politiques d’emploi. Agglopolys a, par exemple, impulsé la création de plusieurs pépinières d’entreprises, comme Ateliers Numériques à Blois.
  2. Aménagement de l’espace : élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), organisation des mobilités, projets de rénovation urbaine (quartier Vienne à Blois, requalification des bords de Loire…).
  3. Habitat et politique de la ville : financement du logement social, rénovation thermique, aides à la réhabilitation, accompagnement des quartiers populaires.
  4. Gestion des déchets : collecte, traitement, prévention, promotion du tri et du compostage (signalons la forte hausse des tonnages triés : +18% entre 2014 et 2022, source : rapport annuel Agglopolys).
  5. Mobilités : organisation du réseau Azalys, création de pistes cyclables, budgets pour les politiques de déplacement (la flotte Azalys compte près de 60 véhicules, dont des bus électriques depuis 2022).
  6. Politique culturelle et sportive : gestion de grands équipements (Maison de la Magie, Cap’Cinéma, centre aquatique Agl’eau…), organisation d’événements intercommunaux (Festival BD Boum, Saison culturelle…).
  7. Environnement : protection des rivières et zones humides, actions pour la biodiversité, gestion des espaces naturels sensibles (le site des Grouets, la réserve de Saint-Denis-sur-Loire, etc.).

Chaque décision issue du conseil a un effet direct ou indirect, par exemple : le choix du bus électrique, la rénovation des quartiers, l’investissement dans une nouvelle école intercommunale à La Chaussée. Beaucoup de débats tournent aussi autour de la répartition de l’effort financier entre petites et grandes communes. Une tension récurrente, qui nourrit parfois les discussions bien au-delà de la salle du conseil !

Le budget communautaire : où va l’argent ?

Avec un budget principal de près de 143 millions d’euros pour 2023 (source : Agglopolys - Budget 2023), la collectivité gère des investissements stratégiques. Sa marge de manœuvre dépend en partie de la dotation de l’État, de la fiscalité intercommunale (taxe sur les entreprises, fiscalité des ménages), et des subventions européennes, régionales ou départementales.

En 2022, la ventilation du budget d’Agglopolys s’établissait ainsi :

Poste de dépense Part (%)
Déchets ménagers 26 %
Mobilités (bus, transports scolaires…) 17 %
Compétences sociales et éducatives 14 %
Aménagement et urbanisme 12 %
Développement économique 11 %
Culture, sport, loisirs 7 %
Administration générale 10 %
Autres 3 %

À noter que la majorité des investissements lourds, comme les travaux d’assainissement ou la rénovation des pôles multimodaux, se décident ici.

Comment se prennent les décisions ? Une démocratie locale, pas toujours visible

Concrètement, chaque séance se déroule de la manière suivante :

  1. Présentation de l’ordre du jour : les dossiers ont été préparés en commission, puis validés en bureau communautaire.
  2. Débat, exposé des rapporteurs (souvent les vice-président(e)s), prise de parole des délégués.
  3. Vote à main levée, sauf si le scrutin secret est demandé : chaque délégué dispose d’un nombre de voix au prorata du poids démographique de sa commune, mais chaque élu ne possède qu’une voix (le système de « double décompte » n’existe plus depuis 2014).
  4. Les comptes rendus sont publiés en ligne (voir ici) — même si le langage administratif reste parfois indigeste pour le grand public.

Des séances ont lieu en moyenne 8 à 10 fois par an, mais des conseils extraordinaires peuvent être convoqués pour des sujets brûlants (urbanisme, crise sanitaire, urgence écologique…). Il arrive que des habitants assistent ou interpellent le conseil : on se souvient d’échanges animés autour de la fermeture d’une piscine ou de la question du tri sélectif dans certains quartiers de Blois-Vienne.

Ce que cela change pour nous, au quotidien : exemples et anecdotes du Blésois

  • Navettes Azalys : La décision d’installer des navettes électriques entre le centre-ville et les quartiers périphériques, votée en 2022, a été prise après des mois de débats sur la pollution de l’air autour des écoles. Un vrai microcosme du fonctionnement communautaire : expertise technique croisée et retour des associations de parents d’élèves.
  • Le projet de la Maison France Services de Vineuil : Porté par un groupement d’élus de différentes communes, ce projet a permis en 2023 d’ouvrir un guichet administratif de proximité pour tout l’est blésois.
  • La gestion des déchets verts : L’harmonisation des tarifs des déchetteries et la mise en place de la collecte des biodéchets, adoptée en 2022, a nécessité de convaincre les villages autour de Blois. Le compromis trouvé ? Plus de points de collecte, mais aussi des aides financières pour les particuliers équipés de composteurs.

Bref, si les débats semblent confiés à des élus « de second rang », les décisions pèsent parfois de tout leur poids dans la vie quotidienne : tarifs du bus, garderies intercommunales, subventions aux associations sportives (plus de 1 million d’euros reversés en 2023), investissements dans les pistes cyclables…

Participer, interpeller, s’informer : quelle place pour les habitants ?

Le conseil communautaire reste parfois une instance jugée lointaine. Pourtant, tout le monde y a sa place : séances publiques, publication des comptes-rendus et possibilité de s’adresser au Président par courrier ou mail pour soulever un problème local, mais aussi interventions des associations invitées lors de certains débats.

  • Où trouver les infos ? Sur le site officiel d’Agglopolys, en mairie, ou via la presse locale (La Nouvelle République, Mag’Centre...).
  • Comment interpeller ? Par courrier, mail, ou en assistant aux séances. Certains élus communautaires tiennent aussi des permanences dédiées (à Vineuil, St-Gervais...).

La dynamique évolue aussi avec les nouveaux outils de consultation (questionnaires en ligne, réunions publiques thématiques, ateliers, etc.), dont l’utilisation ne cesse de croître pour faire émerger les priorités du territoire.

Aller plus loin : vers une gouvernance toujours plus locale ?

Fragile équilibre entre représentativité démocratique, efficacité de gestion et proximité, le conseil communautaire du Blésois est un acteur-clé de notre quotidien. Pour s’y retrouver, comprendre les arbitrages et peut-être pousser un coup de pouce citoyen : tout commence parfois par une séance à la Salamandre ou la lecture d’un compte-rendu pas si aride qu’il n’y paraît !

Pour aller plus loin, une suggestion : participer au budget participatif d’Agglopolys (lancé en 2021), s’impliquer dans une commission extra-communautaire ou glaner les coulisses auprès des élus du village. Parce que derrière les grandes décisions, il y a toujours une part du Blésois qui s’exprime…

Sources : Agglopolys, INSEE, La Nouvelle République, Le Petit Solognot, Mag’Centre.

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