« Pour l’amour du fric » par Eric Yung

Le minuscule milieu de la haute finance est en émoi. L’un de ses serviteurs, Carlos Ghosn dit Bichara, Président-directeur général du groupe Renault, ex P.D.G de Nissan (jusqu’au 1er avril 2017) et aujourd’hui Président de son conseil d’administration, ancien président du conseil d’administration du groupe russe «AvtoVAZ», constructeur des automobiles «Lada», président du conseil d’administration du groupe « Mitsubishi Motors» jusqu’en 2016 etc. a de gros soucis. La police japonaise l’a interpellé à la descente de son jet privé le 19 novembre dernier à la demande de la justice du pays du Soleil Levant. Placé en garde à vue, jeté dans une cellule de la prison de Kosuje, village situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Tokyo, cet établissement pénitentiaire est réputé, dit-on, pour sa discipline intérieure imposée à tous les détenus. Mais qu’a-t-il fait M. Ghosn pour subir ainsi les foudres de la loi japonaise? La justice nippone lui reproche d’avoir fraudé fiscalement ; il aurait omis -mais où avait-il la tête? – de déclarer une petite partie de ses revenus, à savoir la somme de 4 milliards de Yen soit environ
31 millions d’euros, voire même un peu plus si l’on en croit des journaux économiques qui parlent eux de 38 millions. Une peccadille, enfin presque, pour M. Gohsn qui, selon l’agence Proxinvest, aurait touché en 2017, 13 millions d’euros de salaire (fixe et variable) auquel il faut ajouter les rémunérations optionnelles, les actions gratuites et celles dites de « performance » ainsi que d’autres émoluments plus ou moins officiels. Même si, sur la pression de l’État français – c’était en 2016- Carlos Gohsn a renoncé à l’augmentation de 30% de son salaire qu’il s’était accordé pour la présidence de Renault, il n’est tout de même pas logé à mauvaise enseigne puisque ses alter égo, c’est-à-dire les dirigeants des 40 plus grandes entreprises françaises, ont perçu, seulement est-on tenté de dire, 5 135 millions d’euros par an. Par ailleurs et pour donner la dimension de ce que M. Goshn vaudrait, il faut savoir qu’il est payé trois fois et demi plus (chez Nissan) que ses pairs japonais. Une situation financière qui place notre P.D.G multicartes en 3° position des dirigeants les mieux payés au monde. Certes, cette fraude fiscale qui aurait permis de camoufler une partie de ses revenus est une faute difficilement pardonnable mais, ce ne serait pas tout. Le groupe «Nissan» par la voix de son numéro 1 a aussi fait savoir publiquement que le grand patron français se serait livré à d’autres « graves malversations », en particulier des abus de biens sociaux. En effet, « Nissan » affirme que Carlos Goshn aurait acheté avec l’argent du constructeur automobile nippon et ce, pour plusieurs millions de dollars, des maisons à Rio de Janeiro, à Beyrouth, à Paris et Amsterdam. Est-ce vrai? Est-ce faux? Est-ce un «coup d’État interne» (comme semble le penser quelques experts économiques) mené contre M. Gohsn pour l’écarter définitivement du monde des affaires japonais ? En tout cas les mots employés pour le bouter hors du groupe Nissan sont d’une rare violence. Un « patron ténébreux avec trop de pouvoir et pas assez de vision » « il est un homme cupide car avec lui tout n’est qu’une question d’argent » ont dit deux de ses proches collaborateurs tandis que Hiroto Saikawa, l’actuel directeur général de Nissan, l’a qualifié de « cerveau de la combine ». Au-delà de la brutalité du verbe qui met au grand jour les passions et les haines dont fait l’objet, depuis 2015, celui qui s’est si longtemps présenté comme le sauveur de Nissan – un rôle aujourd’hui contesté par les plus hauts responsables du groupe – il est une chose, pour l’instant, indiscutable : la réalité des faits reprochés concernant, a minima, l’aspect fiscal de l’affaire. Peut-on imaginer que le Procureur de Tokyo représentant la société nippone toute entière se soit fait le complice de l’ensemble des dirigeants du constructeur automobile pour défendre des intérêts particuliers? C’est difficile à croire. Dès lors, quelle est la raison de ce détournement d’argent, du comportement délictuel de M. Gohsn? Des questions qui, dès qu’elles sont posées, dérangent la conscience collective. Et c’est sur ce point que le bât blesse! Comment admettre et comprendre que l’un des dirigeants d’entreprises les mieux payés au monde, qui a accumulé des richesses considérables et a bénéficié d’une aura internationale, ait dissimulé une partie de ses revenus pour posséder un peu plus d’argent encore ? C’est déroutant ! « Ne tirons pas sur l’ambulance » comme le dit un adage populaire mais, selon les informations fournies par la puissance publique japonaise, il est plus que probable que Carlos Ghosn se soit laissé emporter par l’ivresse du fric. Bill Gates qui sait ce que veut dire « fortune » a récemment déclaré « Au-delà d’un certain point, l’argent n’a pas d’utilité pour moi ». Une maxime simple et de bon sens qu’aurait dû méditer le « big boss » de Renault-Nissan-Mitsubischi-Motors car il faut de la sagesse pour être riche. Certes, M. Gohsn n’est pas la première victime de l’appât du gain et toujours plus à tout prix. Sans remonter au fameux et détestable enrichissement du cardinal Mazarin (1602/1661), des exemples comparables à l’affaire Carlos Ghosn pourraient être cités à l’infini tels, par exemple, ce récent scandale financier qui a éclaté à la suite des poursuites engagées par Wall-Street et l’État de New-York contre le PDG de «Worldcom Bernard Ebbes» et quatre de ses collaborateurs pour s’être enrichis (en millions de dollars) sur le compte de la société ; en France, les tribunaux condamnent chaque année (en moyenne) 250 dirigeants d’entreprise pour abus de biens sociaux. C’est dire et ce, quel que soient les domaines d’activités financières, que l’éthique et la morale sont souvent bafouées au nom de l’amour de l’argent et rien que cela. Mais notons que l’Histoire nous a enseigné que ces délits sont rarement restés impunis. L’avide M. Gohsn l’a appris à ses dépens. Même si seules les investigations de la justice japonaise, placée sous l’autorité du Procureur de Tokyo et menée par la «Division spéciale des enquêtes judiciaires», pourront, à terme, donner l’exacte mesure des faits reprochés à Carlos Gohsn il est évident que son cas ne participe pas -loin de là- à donner aux Français, à l’heure du doute général vis-à-vis des femmes et des hommes qui ont de hautes responsabilités dans notre pays, l’assurance que ce nouveau scandale sera le dernier.

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