« L’été était tranquille et puis… » par Eric Yung

L’été était tranquille et hormis les mésaventures d’un certain monsieur Benalla, Alexandre de son prénom, que la France entière connaissait puisque son visage apparaissait à la télévision en quasi-permanence à côté de celui du Président de la République sans pour cela savoir son nom jusqu’au jour où il se fit virer de l’Elysée tout allait bien. Alexandre Benalla était, croyait-on, « garde du corps » mais il ne l’était pas vraiment, il était chef d’une équipe chargée de la sécurité « personnelle » du chef de l’État mais il ne l’était pas vraiment non plus, il était, paraît-il, colonel de réserve dans la gendarmerie mais personne ne put expliquer comment il en était arrivé là, il avait, nous a-t-on dit dans la presse, des « privilèges exorbitants » mais on ne sut jamais lesquels etc. Bref, à part cette curieuse et vilaine histoire « Benalla » qui alimenta (avec la canicule) la maigre actualité de la saison estivale et qui donna aussi l’occasion, à quelques chefs de partis en manque de polémiques politiciennes, de s’exprimer publiquement, rien de spécial. Oui, à part ça, vraiment, l’été était tranquille. Les vacances étaient belles et ensoleillées, la France était calme et sereine. Tout était si peinard que personne ne nous prophétisa l’annuelle et l’habituelle « grave crise qui attend les français lors de la rentrée sociale ». C’était la fin des vacances. On s’en sortait bien ! Quand tout à coup, un matin, à l’heure où l’on trempe encore sa tartine dans un bol de café, un ministre d’État, celui de la « transition écologique » annonce, en direct sur la radio publique, « Je ne veux plus me mentir, je prends la décision de quitter le gouvernement ». Branle-bas de combat dans les rédactions de France et de Navarre. « La démission de Hulot, une bombe pour le Gouvernement ! » dirent aussitôt les journalistes. Et à chacun d’y aller d’une réaction. Pour Laurent Wauquiez « cette démission est le reflet des conséquences des ambiguïtés des politiques de Macron », Jean-Luc Mélenchon, de sa circonscription marseillaise, se « trempouillant » peut-être les pieds dans l’eau méditerranéenne, se manifesta par un « tweet » : « je vois le signe que la macronie commence sa décomposition », Alain Juppé, avec plus de sagesse mais toujours droit dans ses bottes, fit savoir de sa mairie de Bordeaux que « ce départ était peut-être l’occasion d’une prise de conscience collective », Benoît Hamon, l’ex-socialiste et aujourd’hui patron de « Génération » estima que la décision de Nicolas Hulot est « un appel au réveil des consciences . Ce ne fut pas tout. Même notre « BB » nationale, Brigitte Bardot, se désespéra et se fendit d’un communiqué. « Aujourd’hui, écrivit-elle, est un jour de deuil, pas par le départ de Nicolas Hulot mais par la politique suicidaire, inadmissible, du gouvernement qui condamne la biodiversité en encourageant la destruction des espèces. », Nicolas Sarkozy, un tantinet facétieux, réagissait, sitôt le départ de Hulot sur l’antenne de France Culture et déclara « Il y a tellement plus important. (…) Je ne veux blesser personne, mais la vie politique, dans ses soubresauts quotidiens, n ‘est pas mon domaine ». Enfin, Marine Le Pen fit savoir que la démission de Nicolas Hulot « dénonce (…) l’économie financiarisée, le modèle économique ultra-libéral et met le doigt là où ça fait mal ». Il aurait suffi d’un peu plus d’effervescence médiatique et l’on aurait pu entendre sonner les trompettes de Jéricho. Bref, le départ du gouvernement du ministre de la transition écologique fit un tel pataquès dans la presse qu’il catapulta les derniers vacanciers heureux dans la réalité fade du landernau politique. Joyeux retour ! Pourtant, il y avait une information beaucoup plus essentielle et qui méritait, sans aucun doute, une attention plus grande des médias que celle portée sur la démission d’un ministre et ce, quel qu’il soit. En effet, peu de journaux relayèrent « L’appel des sept cent scientifiques français » paru dans « Libération », des savants de toutes disciplines s’adressèrent aux « politiques pour qu’ils passent de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone ». Sur ce sujet, il n’y avait pas de place pour la polémique et le faire-semblant. Il s’agissait de réfléchir à la disparition mondiale catastrophique de la biodiversité. N’oublions pas ces terribles chiffres : une espèce animale ou de plante s’éteint toutes les vingt-minutes. Aujourd’hui, ce sont vingt-six-mille espèces (oiseaux, insectes, amphibiens, reptiles, poissons et mammifères) qui disparaissent de la planète chaque année. Ainsi, si rien ne change, un quart des espèces animales et végétales disparaîtront à jamais d’ici le milieu du siècle en raison des activités humaines.

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