Le «dieu» du pain français est mort

ADIEU Il passait de rares et courts instants de repos en Loir-et-Cher…
Richard Ode


Au Japon, où il s’était installé il y a 54 ans, Philippe Bigot, boulanger, était considéré comme le « dieu » du pain. Ce qu’il n’aurait jamais été en France, perdu dans la masse de ses milliers de confrères. Il a fallu qu’une querelle familiale lui fasse claquer la porte du fournil paternel, son géniteur ne le sentant pas mûr pour en prendre les rênes, pour qu’il s’exile au Japon. Il vivait quelques instants de paix et de calme dans sa vie agitée de chef d’entreprise en venant poser ses valises en Loir-et-Cher, entre Blois et Vendôme, pour se ressourcer et relancer quelques affaires entre le Japon et la France puisqu’il était membre actif de la chambre de commerce et d’industrie franco-japonaise, en jouant plus la carte collective des échanges que particulière. Philippe Bigot voulait transmettre. Il avait prouvé qu’on pouvait réussir ailleurs qu’en France. La Légion d’Honneur en 2003 avait précédé, l’an dernier, le titre envié de «maître-artisan de notre époque» titre honorifique japonais rarement décerné à un étranger ». Cela avait dû le consoler de sa non-participation au concours de l’un des Meilleurs Ouvriers de France. Comme il ne faisait vraiment rien comme les autres, Philippe Bigot s’en est allé, dans son sommeil, le jour-même de ses 76 ans. La communauté japonaise de Loir-et-Cher (une cinquantaine de personnes) le connaissait mieux que nos concitoyens français locaux. Elle sera peut-être plus sensible que les autres à sa disparation. Ce sera notre dernier hommage à ce boulanger exceptionnel qui, reconnaissant à son arrivée au Japon que «le pain français était dur et peut-être même immangeable» avait, par la suite, démontré «qu’une baguette pouvait être croustillante et moelleuse».


SOUVENIR ▶ Bernadette Chirac
En voyage officiel avec son époux, Jacques, alors Président de la République, Bernadette Chirac, conseillée par l’ambassadeur de France, avait tenu à rencontrer Philippe Bigot. L’entretien, prévu pour une demi-heure par le protocole et les voyages officiels (V.O.), a duré plusieurs heures, Bernadette partageant même un repas avec le «dieu» du pain…, au grand dam de l’organisation officielle. Jacques, pendant ce temps-là, suivait les exploits des sumos…

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