La démocratie est malade par Éric Yung


Qui ne connaît pas la phrase fameuse de Winston Churchill selon laquelle « La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes ? » Le vieux lion ne s’y est pas trompé car c’est bien elle, la démocratie, qui a permis et permet encore d’imposer au peuple et par le peuple les dictatures. Hitler n’est pas venu au pouvoir par un coup d’État ou par la volonté d’une armée en mal d’autorité absolue. Il a été élu démocratiquement ! Reste, pour parachever l’idée de l’ancien premier ministre britannique, que c’est aussi la démocratie qui permet l’épanouissement des nations. Ce qui tend à démontrer que la démocratie n’est qu’un état d’esprit comme le soulignait Voltaire qui, lorsqu’il est dévoyé, bascule facilement dans le despotisme d’une majorité aussi faible qu’elle soit. Reste que cette fameuse démocratie est dans nos civilisations occidentales l’unique moyen de l’expression populaire. Or, si notre système est, par le mode électif de nos représentants, plutôt performant sur le fond il semble de plus en plus défaillant sur la forme. Est-ce là la raison de la désaffection et le manque de confiance, de plus en plus grand, vis à vis des « politiques » ? Sans être sociologue, politologue ou philosophe officiellement patenté chacun d’entre nous peut en juger par le simple bon sens. Il suffit d’observer la vie politique quotidienne pour se rendre compte que les programmes de ceux ou celles prétendant au pouvoir – seules références que l’électeur a pour faire son choix à l’heure des urnes – ne sont jamais suivis à la lettre. Dès lors, peut-on dire que la démocratie soit représentative ? Par ailleurs, l’accumulation des scandales politico-financiers et autres esclandres engendrés par des comportements inadéquats aux valeurs de la République (l’affaire Benalla, par exemple) finissent par abîmer la foi citoyenne dans les institutions du pays. L’affaire qui a pour nom « Cahuzac », cet ex-ministre délégué chargé du budget et qui s’est fait, durant sa fonction, le chantre de la lutte contre la fraude fiscale, jurant solennellement, la main droite levée devant ses pairs, qu’il n’a pas de comptes bancaires cachés à l’étranger jusqu’au jour où la justice, en le condamnant, a prouvé le contraire, n’ébrèche-t-elle pas la confiance des Français envers le « politique » ? Lorsqu’un ancien Premier ministre, candidat entêté à l’élection présidentielle et niant l’évidence publique, est poursuivi judiciairement (le 14.3.17) pour « détournement de fonds publics », « complicité de recel de détournements de fonds publics », « complicité de recel d’abus de biens sociaux » et « manquement aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique » n’apparaît-il pas aux yeux de l’opinion publique comme un félon ? On pourrait citer tous les scandales de la même veine et s’attarder, par exemple, sur les affaires du « Carrefour du développement », de « Balkany », de « Pechiney », de la « Cogedim », de la « Mairie de Paris », de la « Française des jeux » de la société « Clearstream » etc. Ce billet est trop court pour le permettre. Pourtant, hélas il y en aurait pour tout le monde ! Quelles que soient les obédiences politiques mises en cause par des instructions judiciaires, ces « affaires » qui ont ébranlé et ébranlent encore la conscience des honnêtes gens, se chiffrent en dizaine. D’ailleurs, ces scandales politico-financiers ont été répertoriés : de 1970 aux années 2010, cette période compte 138 scandales qui ont abouti à des condamnations pénales. Pauvre démocratie ! Dès lors, peut-on s’étonner aujourd’hui que beaucoup de pays européens -puisque le phénomène n’est pas strictement l’apanage de la France – votent pour des dirigeants fascistes que le vocabulaire du politiquement correct nomme, pudiquement, « régimes populistes » ? La démocratie fonctionne-t-elle lorsque des retraités descendent dans la rue pour être entendus par les gouvernants qui eux, pour seule réponse, leur expliquent qu’ils « doivent faire des efforts » pour la nation et qui, dans la même lancée dite « économique », diminuent, un peu plus chaque semaine et malgré leur crainte, leur pouvoir d’achat ? La démocratie fonctionne-t-elle lorsque des professeurs de certains lycées ne sont pas entendus lorsqu’ils dénoncent des violences individuelles contre leurs fonctions voire même contre leur personne physique et que les directeurs d’établissements au nom du « pas faire de vagues » ne transmettent pas à leur hiérarchie les rapports d’alerte ? La démocratie fonctionne-t-elle lorsque des organisations professionnelles dénoncent les suicides quotidiens d’agriculteurs et/ou de policiers et que les autorités font fi du phénomène avec des promesses d’études analytiques ? La démocratie fonctionne-t-elle lorsque le pouvoir législatif vote une loi interdisant aux journalistes d’enquêter sur des entreprises dont les finances sont suspectes ? La démocratie fonctionne-t-elle lorsque Mme Anne Hidalgo, maire de Paris qui, par un arrêt de la Cour d’appel, reçoit l’injonction de remettre en cause l’une de ses décisions (la fermeture des voies sur berges à Paris) fait savoir, d’un ton hautain, qu’elle ne se pliera pas à la décision de justice. Quand Mme Marine Le Pen reçoit la convocation d’un juge et refuse publiquement de s’y présenter, est-ce là encore un signe de respect pour la démocratie ? Lorsqu’un responsable politique, en l’occurrence M. Mélenchon, conteste la légitimité, avec force et fracas, d’une perquisition effectuée dans le cadre d’une enquête préliminaire et bouscule un procureur de la République est-ce donner une belle image de la démocratie aux plus jeunes d’entre nous ? Imaginons qu’un citoyen lambda se comporte de ces façons. Peut-on croire qu’il ne serait pas poursuivi par les foudres de la justice, ne se verrait pas contraint de se plier aux exigences de la loi ? Plus anecdotique mais tellement significatif, lorsqu’une grande majorité de Français soutenue par la quasi-totalité des élus régionaux et nationaux s’opposent au passage de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h et que seul, dans son coin, un Premier ministre décide de passer outre la volonté populaire, est-ce aussi un signe de bonne santé démocratique ? Le pouvoir politique autorise-t-il l’exemption de la faute ? Aujourd’hui, à beaucoup de le croire. Il n’est donc pas étonnant – si l’on croit les prévisions – que l’abstention lors des très prochaines élections européennes atteigne 70 %. Ce désintérêt annoncé est le signe que la démocratie est malade.

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