Facebook, ou comment nos élus se déchirent…

EN LIGNE Il y a parfois des petites phrases qui en disent bien plus que de longs discours, notamment en politique où chaque mot peut avoir son importance. Ce fut le cas un soir de conseil municipal de septembre où un réseau social s’est invité dans l’assemblée autour de l’émergence de La République En Marche, à Blois.
ARP


«C’est curieux chez les marins, ce besoin de faire des phrases. C’est curieux ce besoin de faire des procès en diffamation. » C’est en citant Francis Blanche dans les Tontons flingueurs que Louis Buteau, sous le coup d’une plainte en diffamation, prend la parole lors du conseil municipal du 24 septembre. « En quelques mois, deux affaires judiciaires à l’encontre de Nicolas Viault, urbaniste, co-président de l’association Blois patrimoine paysage et cadre de vie, pour des propos publiés sur Facebook. Et maintenant une troisième visant cette fois-ci deux anciens chargés du commerce, tous deux ayant appartenu à la majorité municipale », fait-il remarquer. Le 28 juillet dernier, en pleine explosion de l’affaire Benalla, Louis Buteau, qui roule désormais pour LREM, partage sur son mur Facebook les déclarations de François Bayrou au journal Le Monde. Le président du MoDem, qui ne regrette en rien son alliance avec Macron, affirme que « ce n’est pas une affaire d’État et qu’il y a là une instrumentalisation politique ». Un post qui fait immédiatement réagir Ozgur Eski, adjoint au maire chargé de la politique de la ville et du quartier Nord. Malika Ghedjati, ancienne adjointe au commerce de Marc Gricourt lors de la précédente mandature, s’empresse, elle aussi, de commenter. Des échanges « musclés » s’en suivent et cette dernière finit par incriminer
M. Eski « de violences physiques ayant entraîné des incapacités de travail sur des jeunes du quartier Quinière ». Comme dans l’affaire Benalla, elle plaide au passage pour la « publication des photos et vidéos » des prétendus incidents (en référence à la vidéosurveillance de la police municipale).

« Un objectif purement politique en vue des municipales »
« Malika Ghedjati a écrit sur mon mur Facebook fin juillet, les mots cités. Ils y sont restés jusqu’à mardi 18 septembre, noyés dans les nombreux commentaires », a tenu à rappeler M. Buteau. « Je les ai supprimés mardi dernier en découvrant le projet de délibération du conseil municipal ». En effet, une demande de protection fonctionnelle relative aux frais de procédure et honoraires d’avocat a été sollicitée par Ozgur Eski après avoir déposé plainte pour diffamation contre Malika Ghedjati. Mais les propos incriminés ayant été publiés sur le mur de Louis Buteau, celui-ci se retrouve par « ricochet » également dans le viseur. La jurisprudence considère en effet que le propriétaire de la page est responsable du contenu. Et à l’intéressé de poursuivre : « c’est curieux, d’avoir laissé perdurer ces propos pendant huit semaines alors qu’on lui attribue un caractère diffamatoire. C’est curieux enfin, de la part de mon ancien collègue, Ozgur Eski, de ne m’avoir jamais contacté pour me signaler cette publication indésirable. Je vois là un objectif purement politique à dix-huit mois des prochaines élections municipales. » Une analyse partagée par Michel Chassier. Il regrette « une procédure excessive qui aurait facilement pu être évitée » et reconnaît avoir été, lui aussi, visé par une telle démarche à la suite d’un article sur le blog du Rassemblement national dont il est responsable. M. Eski, s’estimant lésé à la suite de cet article, avait porté plainte. Mais le procureur n’a pas poursuivi. Ozgur Eski avoue avoir « lâché l’affaire » du Rassemblement national. Sera-t-il de même cette fois-ci ? Il tient à préciser la gravité des propos de Malika Ghedjati. « Elle a posté un message m’y présentant comme un voyou. Cela m’a beaucoup touché et je ne peux pas l’accepter. » Un avis partagé par Marc Gricourt qui défend la poursuite systématique et pour qui « le caractère diffamatoire est incontestable ». Le maire soutient une position qu’il juge « justifiée » et se dit disposé à accorder, le cas échéant et comme le prévoit le Code général des collectivités territoriales, la protection fonctionnelle à Louis Buteau. Les contribuables blésois financeraient alors les honoraires d’avocats et frais de procédure des deux élus dans l’affaire les y opposant. Reste à vérifier si la majorité municipale, très agitée et bouillonnante pendant l’intervention de leur ancien collègue, votera favorablement.


HORS CONNEXION ▶ Un budget supplémentaire « favorable »
Outre des affaires hyperconnectées, le maire a mis en avant les bons chiffres du budget supplémentaire (BS) voté lors du conseil municipal de septembre qui « conforte la politique budgétaire » de la majorité. Ce sont deux millions six cents mille euros qui sont injectés au budget primitif portant à dix-sept millions les investissements pour 2018. Côté fonctionnement, la collectivité bénéficie d’un ajout de six cents mille euros. Cela permet une baisse de l’encours de dette et ramenée, sous huit ans, la capacité de désendettement. Pour rappel, le BS permet de reporter en cours d’exercice l’excédent du compte administratif de l’année précédente.
Des résultats qui n’impressionnent pas particulièrement Michel Chassier (Rassemblement national) dont le groupe n’a pas voté la délibération. « Il s’agit d’un ajustement classique et l’on se retrouve avec un mieux d’un million d’euros, une amélioration du niveau d’épargne et une enveloppe supplémentaire pour l’investissement. Mais la contrepartie, ce sont des emprunts en plus, assortis d’un risque de remontée des taux et surtout une augmentation de 1,14 % des dépenses de fonctionnement. »

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