Emploi – Action, réaction… à table !

Dans la même veine que le discours d’alerte du MEDEF sur les difficultés récurrentes de recrutement de main d’oeuvre ici et là (Cf. encadré), l’hôtellerie-restauration tente de colmater les trous de la toque et de se séparer des gamelles tenaces.

E. Rencien

L’union fait la force, mais l’initiative sera-t-elle suffisante pour (re)mettre les gens sur le chemin des fourneaux ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : fin 2016, le département comptabilisait près de 3 800 emplois lés aux activités caractéristiques du tourisme; en 2018, près de 34 500 lits touristiques marchands, 2,9 millions de nuitées enregistrées et… 380 postes qui ne trouvent pas preneur. Certains restaurants réduisent de fait leurs horaires d’ouverture, voire mettent la clé sous la porte. Un plan d’actions départemental, le premier à voir le jour en région Centre-Val de Loire, baptisé « à table pour l’emploi » vient donc d’être lancé à Blois avec, rassemblés autour de l’assiette préoccupante, la préfecture, la Région et l’Union des métiers des métiers et des industries de l’hôtellerie. Quatre axes définis pour quinze mois (séminaires entre les prescripteurs et les professionnels, visites d’établissements par les demandeurs d’empli, programme de formation, accompagnement RH, promotion de profils avec Pôle emploi et les missions locales, etc.) sont consignés sur le papier pour essayer de réconcilier offre et demande, d’encourager professionnels et demandeurs d’emploi à parler de la même cuisine. Rien de neuf sous le soleil, mais une énième tentative de faire bouger les casseroles et de couper court à la tambouille. «Oui, nous avions déjà mené des opérations mais elles ne prenaient pas, le public cible n’était pas très réceptif à cause des méthodes de recrutement. Aujourd’hui, nous avons besoin de nous unir et d’innover au lieu d’agir chacun dans notre coin, » aura explicité la conseillère régionale Audrey Rousselet.

A table, au boulot

Et autant dire qu’il y a de la popote qui attend sur le plan de travail. Le monde se digitalise grand V, les attentes de la nouvelle génération (et aussi des moins jeunes) placent le travail en bout de course contrairement à l’attrait prédominant pour les loisirs, les aides sociales peuvent freiner l’entrain et conforter le confortable, l’Education nationale n’aide parfois pas toujours à valoriser l’apprentissage sempiternellement présenté comme voie d’excellence, sans oublier les soucis de mobilité et de logement, ainsi que des préjugés persistants sur des patrons « exploiteurs » et des salaires au ras des fourchettes. Alors, ce plan d’actions, la panacée ? Pas aussi manichéen. Les raisons du manque de main d’œuvre, qualifiée ou non, dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme – qui touche également d’autres professions – sont multi-factorielles. Écheveau inextricable ? Les perspectives d’avenir et d’évolution dans l’hôtellerie-restauration sont pourtant annoncées comme intéressantes, notamment du fait du développement touristique local et national à venir et de surcroît, des festivités des 500 ans de la Renaissance prévues en 2019. Et pourtant… Mais où diable, est logée l’arête ? « Il faut certes travailler le weekend mais lundis et mardis sont de repos. Et puis, le SMIC hôtelier est supérieur de 1% au SMIC lambda, » a ajouté Sabine Ferrand, présidente de l’UMIH, elle-même à la tête du restaurant le Rhinocéros à Saint-Laurent-Nouan, pour appuyer l’argumentaire. «Ce n’est pas un métier, c’est une passion. Passez le message : communiquons mieux! Mobilisons-nous ! Il faut provoquer le désir. » « Auparavant, chacun renvoyait la faute sur autrui. Désormais, tout le monde se rend compte des co-responsabilités dans l’histoire, y compris du côté des professionnels,» a ajouté Yvan Saumet, président de la CCI de Loir-et-Cher, chambre consulaire partenaire du plan d’actions. En parlant de tout cela, nous nous remémorons un verre pris en terrasse à Blois cet été avec un ami où le serveur avait exigé tout sourire un pourboire pour sa prestation et la vue qui nous était offertes sur la Loire… Il y a en effet du boulot, dans tous les sens du terme.


PATRONS A HUMANISER ? ▶

Patron, un gros mot ? Quasiment dans la bouche de certains salariés. Il a toujours existé cette scission d’opposition. Petit contre grand, roi contre peuple, patron contre salariés… Seulement voilà, les temps changent et le management « à la papa » a perdu ses lettres de noblesse dans un monde hyperconnecté, économiquement instable, livré au requin actionnarial. La réussite d’une entreprise se mesure aujourd’hui à son esprit d’équipe et non aux diktats imposé par un seul pilote. C’est la sonnette d’alarme qui a été tirée par le MEDEF 41 jeudi 8 novembre à Blois lors de sa traditionnelle assemblée générale annuelle. « Il faut passer en mode séduction pour recruter, il faut remettre de la rondeur et de l’humain au coeur des entreprises pour des collaborateurs performants qui ont le sourire, » a alerté Paul Seignolle pour le Loir-et-Cher. « Modifier nos comportements et oser se regarder dans la glace. Sinon… » Sinon, le couperet tombera et l’histoire ne fera pas long feu. Inutile de pointer expressément certaines grandes entreprises françaises du doigt, pressant leurs salariés tels des citrons, oubliant qu’ils (et elles) ne sont pas des robots. Le salaire ne fait pas tout non plus face à des aspirations nouvelles des salariés qui demandent de la transparence, de la reconnaissance et surtout du sens. « Vous allez me dire, ceci on le faisait déjà avec nos parents mais avec les jeunes générations collées à leurs smartphones, c’est  tout à fait différent, » aura commenté Elisabeth Moreno, invitée à Blois le 8 novembre. « Les méthodes de management sont à réadapter, le numérique transforme les métiers. Combien vont disparaître, ou naître ? Il existe déjà des pénuries de compétences dans certains secteurs. Prenez le cas du facteur qui autrefois distribuait lettres et colis, et qui désormais va vendre des tablettes et des téléphones mobiles, proposer de la téléassistance auprès des seniors, etc. Qui, à mon époque, se serait interrogé sur le fait que l’entreprise dispose, ou non, d’une salle de sport et d’une cantine bio ? Le temps de Tati est loin. »  Parmi les attentes modernes exprimées, une qualité de vie au travail, ainsi qu’un équilibre vie professionnelle-vie privée respecté. Du bon sens, finalement, non ? Trop rapidement placé aux oubliettes au profit d’une performance à tout prix qui fait émerger non seulement de nouvelles cordes à l’arc professionnel mais également de nouvelles pathologies, du « burn out » au « bore out » en passant par le « brown out ». Elisabeth Moreno affirme par conséquent que la révolution sera nécessairement « humaine ». Parce qu’il n’y a pas que le travail dans la vie… ?

E.R.

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