Clin d’œil par Jules Zérizer

Espionne, vous avez dit espionne ?

Marthe Cohn, au Mans début octobre, de passage aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois, présente au spectacle nocturne du québécois Fred Pellerin venu parler de son clocher et de son village natals, conférencière sur sa vie devant un parterre de lycéens à Augustin-Thierry et Dessaignes à Blois, est infatigable. 98 ans au compteur lui donnent la même pêche d’enfer qu’avait Stéphane Hessel quand il transmettait ses messages d’espoir en écrivant «Indignez-vous!». Comme lui, elle a exhorté les jeunes à s’engager, à se tenir informés de tout ce qui se passe autour d’eux, dans le monde, loin de leur ville ou village et de ne rien accepter de ce que leur conscience rejetterait. Née à Metz en 1920, le second conflit la cueille toute jeune dans sa ville natale envahie par les Allemands. Sa sœur ne reviendra pas d’Auschwitz. Son fiancé, résistant comme elle, sera fusillé. Son destin est tracé : elle deviendra infirmière détachée auprès des commandos d’Afrique avant une carrière dans les services d’espionnage, tâche facilitée par la parfaite maîtrise de la langue allemande. Espionne bien avant James Bond et ses machines aussi sophistiquées qu’infernales. Un métier peu courant dans le milieu féminin. Elle assumera et assurera, avec cran, courage et force. Outre son livre de mémoires «Derrière les lignes ennemies : une espionne juive dans l’Allemagne nazie» qu’elle a ensuite dédicacé à la librairie Labbé, avant de repartir, tel un feu follet, Marthe Cohn passe sa vie, entre Amérique où elle demeure, et Europe, pour lancer des messages, donner des conférences, aller à la rencontre des jeunes générations et faire passer des slogans de paix et de sérénité pour que le monde ne connaisse plus ce qu’il a tragiquement vécu. Elle a été écoutée dans un silence monacal à chaque intervention et même si, des fois, la mémoire lui joue des tours, son époux attentionné joue les souffleurs. Interrogée à l’issue de son intervention au lycée Augustin-Thierry, une jeune fille nous a affirmé, qu’en 2018, il n’y avait plus d’espions…Qu’elle surveille bien les allées et venues autour de chez elle d’un technicien de surface qui passe et repasse avec son balai ou d’un postier qui baguenaude en dehors des heures de services de la distribution de courrier…On ne sait jamais.

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