Bonne route par Éric YUNG


Ils sont là, à notre porte ! Ils envahiront d’ici très peu de temps toutes les routes de notre région « Centre-Val de Loire ». Les radars embarqués et gérés par des sociétés commerciales privées vont donc faire leur apparition en Berry, Touraine et Orléanais. C’est Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la Sécurité Routière (DISR) qui l’a annoncé lors de son déplacement dans le Loiret le
3 octobre dernier. Quelle est la date exacte de la mise en place de ces nouveaux systèmes de répression ? M. Barbe ne le sait pas trop mais ce sera incessamment sous peu c’est à dire, selon lui, « dans les semaines qui viennent ». Quelle est la raison de cette imprécision ? Parce que « les marchés doivent être ficelés » définitivement dit encore le délégué interministériel. Ah tiens ! Il est intéressant de noter que la répression routière via les radars embarqués sur des voitures banalisées soit définie de « marché ». Un marché qui semble donc pareil à bien d’autres dans le domaine du commerce tel que celui de l’industrie, de l’électronique, du blé, du colza, du vêtement, des casseroles ou autres valeurs, marchandises et services. Quelles sont ces sociétés commerciales qui ont décroché le gros lot, pourquoi elles ont été choisies et sur quels critères ? Ouh là là ! La question est impertinente. D’ailleurs elle n’a pas de sens puisque personne ne le sait vraiment ou plutôt les autorités administratives et celles de l’exécutif qui ont la réponse à cette interrogation citoyenne ne souhaitent pas trop disserter sur le sujet. Mais qu’importe, croyez-le, ça va flasher ! Et du matin au soir et la nuit et partout. Sachez chers amis du « Petit Blaisois » que s’il vous arrive -et cela vous arrivera- de vous faire verbaliser pour avoir dépassé une limite de vitesse, vous n’en saurez rien. En effet, et la délégation interministérielle de la sécurité routière en est très fière : la technologie d’aujourd’hui permet de faire « fonctionner le flash de façon totalement invisible ». Vous apprendrez la mauvaise nouvelle via un courrier du « Centre automatisé de constatation des infractions routières » dit « CACIR », organisme d’État seul habilité à vous « inviter » (pour employer une gentille métaphore) à vous acquitter financièrement du coût de l’amende. Sachez aussi, que ces voitures banalisées conduites par des personnels anonymes et en civils chasseront le galapiat entre six et huit heures par jour, sept jours sur sept y compris les jours fériés et la nuit. Bigrement plus efficace que les policiers et gendarmes qui eux, jusqu’à maintenant, traquaient « l’homo- sapiens- véhiculum » une heure treize par jour… seulement. Pour les autorités ce dispositif a pour objet, bien entendu, de protéger les citoyens que nous sommes et ce, afin de « réduire la mortalité sur les routes en flashant plus ». Et puis, nous soulignent ces mêmes autorités, cela permettra également « aux policiers et aux gendarmes de se consacrer à d’autres tâches ». Mais attention, personne ne doit se méprendre : il n’y a pas de mauvaises intentions gouvernementales. Emmanuel Barbe l’affirme : « le but n’est pas de gagner de l’argent. » Ouf, on est soulagé !
Si, le nombre de « P.V » distribués est, annuellement, selon les statistiques du ministère de l’intérieur, de 26 millions 400 mille et que celui-ci a bondi, en une seule année (2016-2017) de 12 % à cause des contrôles radars concernant uniquement des petits excès de vitesse (inférieurs à 20 km/h) cela signifie que toutes les heures, en France, la police et la gendarmerie rédigent « 51 PV par minute. » Selon la « Cour des comptes », en 2017, cette manne a rapporté à l’État – pour les seules recettes générées par les radars automatiques – 789 millions d’Euros tandis que l’ensemble des verbalisations représente 1,5 milliard d’Euros. Or, d’après la loi de finances 2018, ces mêmes radars automatiques rapporteront cette année environ 1,01 milliard d’Euros et c’est sans compter l’argent supplémentaire qui entrera dans les caisses après la mise en place (généralisée d’ici 2020) de ces fameux radars embarqués à bord des voitures des sociétés commerciales privées. Jamais les radars n’ont rapporté autant d’argent constate encore la juridiction financière. Il y a le montant des amendes bien sûr qui seront donc en constante augmentation mais il ne faut pas omettre de signaler que le gouvernement prévoit que ces services habilités enverront, aux domiciles des automobilistes, 13 millions de lettres signifiant des retraits de points sur les permis de conduire. Cela signifie que le total des lettres expédiées augmentera -par rapport à 2016 – de… 56 % ! Mais il faut le dire une nouvelle fois : soyons rassurés. Monsieur le délégué à la sécurité routière nous le répète « le but de cette répression n’est pas de gagner de l’argent ». Merci M. le délégué de nous le répéter car on aurait pu croire le contraire. Et puis, il est un aspect des choses qui n’est pas encore bien évalué. En effet, le nombre d’automobilistes qui roulent maintenant sans permis de conduire et sans assurances est, selon l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR) de 700 000 environ, soit 30 % de plus qu’il y a cinq ans. Dès lors, est-il illégitime de se poser la question de savoir si de telles mesures censées, paraît-il, nous protéger des dangers de la route, ne vont pas accroître ce phénomène ? Peut-être bien. Mais tant pis, semble croire la « Sécurité routière », 700 000 automobilistes en infraction qui de plus en plus souvent -hélas ! – prennent la fuite après un accident parce qu’ils n’ont plus de permis de conduire ou d’assurance, est une « goutte d’eau » statistique au regard des milliards d’Euros que la répression des radars automatiques et embarqués rapporte et rapporteront à l’État. Bref, on vous souhaite bonne route.

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