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La pêche d’étang à Romorantin, les Doyon perpétuent la tradition


Ils ne sont plus que 3 ou 4 pisciculteurs en Sologne et parmi eux la famille Doyon avec Thomas qui, depuis deux ans, a repris l’entreprise familiale. Entreprise créée par Fernand Sandré, arrière grand-père, puis poursuivie par Jacques Sandré, grand-père et Jean-François Doyon, père, ayant épousé Fabienne Sandré, mère de Thomas. C’est devenue une certitude que de travailler le poisson pour Thomas, qui a grandi dans cette nature solognote humide. C’est difficile, il en convient mais il se bat avec la volonté de perpétuer une tradition solognote, « folklorique » au bon sens du terme, qu’est la pêche d’étang.


« Je loue, j’exploite, j’entretiens environ une centaine d’étangs dans un rayon de 50 kilomètres autour de Romorantin, explique Thomas. Ces étangs sont sélectionnés pour la reproduction, le grossissement de certaines espèces de poissons. »
Puis avec de la passion dans la voix, il nous explique son métier : « notre travail se compose de plusieurs tâches, d’un côté l’élevage du poisson avec une pêche tous les deux ans, voire tous les ans, de fin septembre à fin janvier pour que le poisson, qui n’est pas en période de reproduction, ne souffre pas. Après un tri taille-espèce, le fruit de cette pêche est essentiellement vendu aux sociétés de pêche, aux particuliers, aux communes propriétaires d’étangs, pour le réempoissonnement. Les principales espèces fournies étant gardons, tanches, carpes, carnassiers. Nous ne fournissons plus les métiers de bouche, la concurrence avec les pays de l’Est étant inégale. Sauf, et c’est à souligner, pour notre restaurant gastronomique le Lion d’Or à Romorantin, qui tient à servir du brochet de Sologne à sa table.
Une autre facette importante du métier est l’entretien de l’étang lui-même. La pêche annuelle permet une élimination des nuisibles, le renouvellement de l’eau, les travaux éventuels. Très important, un étang qui n’est pas entretenu, pêché régulièrement est un étang qui meurt ! Avis aux propriétaires !


Le reste de l’année, printemps-été, nous faisons de l’entretien comme le renforcement des berges, les bondes, le curage, l’élagage. Nous avons également sur cette période une autre activité avec la fourniture de truites aux sociétés de pêche, transport et mise à l’eau… »
L’enthousiasme est présent dans les propos de Thomas mais on sent une petite pointe d’angoisse, de regrets : « Bien sûr que notre métier fait face à des difficultés : en Sologne, la pisciculture tend à régresser, comme l’agriculture locale d’ailleurs ! Le nombre de pêcheurs à la ligne étant en baisse constante, la production se réduit. Les surfaces d’étangs exploitées diminuent en conséquence, au profit des territoires de chasse, plus rentables. Le travail important réalisé sous Napoléon III (nettoyage des étangs, drainage, irrigation, plantation sylvicole…) n’aurait-il plus de sens de nos jours ? Pourtant, l’eau doit vivre, s’écouler, elle se déverse dans les rivières et poursuit son cycle, la pisciculture contribue depuis toujours au drainage et à l’entretien des territoires. Avec comme conséquences la prolifération de la jussie ou de l’écrevisse de Louisiane. Mais le plus grave c’est l’absence d’une régulation raisonnée et intelligente des oiseaux prédateurs comme l’aigrette, le héron et surtout le cormoran. On ne peut pas lutter contre la bête noire, sa présence invasive, il est protégé par une directive européenne, qui a provoqué une perte de 50 % de poissons. Aujourd’hui, plus aucun jeune pisciculteur ne peut s’installer et s’endetter. Même si les autorités commencent à comprendre le problème, le mal est fait et bon nombre de mes collègues ont déjà mis la clé sous la porte… On réempoissonne un étang et dés le mois de mai, les cormorans ont déjà tout englouti : 200 kg/année par cormoran ! Un exemple : Bâtarde qui produisait 5 tonnes en 2000 n’en produit pas plus d’une tonne aujourd’hui. Il est pourtant crucial d’entretenir les étangs, de les pêcher chaque année, de les mettre en assec régulièrement, de gérer la faune et la flore qui s’y développent, sans quoi les paysages et les biotopes vont se transformer de façon irrémédiable. C’est un enjeu majeur pour les milieux. Nous avons, nous pisciculteurs, le droit de tirer le cormoran, le chasseur non ! Comment voulez-vous surveiller les étangs 24 heures sur 24 ? Juste pour rire jaune, le seul prédateur connu est l’orque. Et l’orque en Sologne ce n’est pas pour demain… »
A méditer : « Dans dix ans, pour vider un étang non entretenu, il faudra louer une pelleteuse et se payer un curage en plus d’une nouvelle bonde. »
Gérard Bardon
Doyon pisciculture
117 avenue Salbris
41 200 Romorantin-Lanthenay
mail : doyon-pisciculture@orange.fr
Tél. 06 74 09 62 44

(Lire le dossier complet dans Le Petit Solognot Magazine Hiver 2018, en vente en maison de presse)

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