Le Pôle santé est presque complet

Pole_Sante_BloisTandis que plus de 600 personnes travaillent sur le Pôle Santé du parc A10 à La Chaussée-Saint-Victor, il ne reste plus qu’un seul terrain disponible. Six années après les premiers coups de pioche l’espace est devenu familier aux blaisois. Pour l’acteur principal de cette aventure, Yvan Saumet, il s’agissait d’assurer la survie des cliniques indépendantes, en concurrence avec Tours et Orléans.

Signe des temps, ce n’est pas un médecin qui a pris la présidence de la polyclinique pour succéder au docteur Jacques Bernard en octobre 2002, mais un spécialiste de la gestion. La Polyclinique de Blois est en effet une clinique privée gérée par un groupe indépendant : HPVL. (Hôpitaux Privés du Val de Loire) dont le président du directoire, Yvan Saumet a été appelé pour conduire le rapprochement et la fusion des trois cliniques privées blésoises : Saint-Côme-et-Saint-Damien, Florimond-Robertet et la clinique des Lices, nées toutes trois avant la seconde guerre mondiale. Yvan Saumet, titulaire d’un DESS de contrôle de gestion, expert-comptable et ancien responsable local du cabinet d’audit KPMG, avait du, à l’époque,  convaincre Alain Courtois, le président de la Chambre de commerce et d’industrie (propriétaire des terrains sur le Parc A10), qui était avant tout favorable à une industrialisation de la zone. C’est chose faite et pour le bien-être de tous ! Autour de la Polyclinique et ses 380 salariés dont 50 praticiens, le Pôle santé de Blois n’est plus le premier plateau privé dédié à la santé de la région Centre. Tours et Orléans ont ultérieurement conduit leur mutation. Mais il a bien été un des pionniers de la révolution vécue par la médecine contemporaine.

Du suspense autour de l’arrivée d’Aquavital
Le Pôle santé se porte bien. Il n’y a guère plus que 6.000 m2 de terrains encore disponibles sur zone. C’est la société Aquavital qui était pressentie pour s’y installer et enfin compléter l’offre de soin de réadaptation du centre Théraé qui a besoin d’un bassin de soin. En période de crise, la société de remise en forme et balnéothérapie a eu plus de mal que prévu à trouver ses financements. «Nous poussons pour qu’un projet de cette nature achève le processus d’occupation du Pôle santé», témoigne Yvan Saumet. Pour l’heure, l’espace est réservé à Aquavital, mais si celui-ci faisait défaut, un autre projet pourrait le remplacer.
Pas de médecine à deux vitesses

«Lorsque l’on développe une thématique, nous créons les conditions favorisant des implantations d’entreprise», poursuit Yvan Saumet. «C’est comme cela que ça marche !» C’est bien la dynamique qui emporte la décision finale d’implantation sur un site plutôt qu’un autre. «Si nous n’avions pas fait cela, les cliniques indépendantes auraient disparues.» Chantre du rapprochement public/privé, dont les complémentarités tireraient l’offre de soin vers le haut, Yvan Saumet réfute totalement l’idée qu’il existe une médecine publique lourde, prenant en charge les opérations déficitaires, et une privée, concentrée sur les petites interventions rémunératrices. «Ce concept est faux. L’ouverture d’un service d’urgence à la Polyclinique nous coûte 600.000 euros par an, sans aucune subvention publique. Nous recevons 10.000 personnes en urgence, pour 40.000 entrées à l’hôpital. Nous sommes devenus indispensables. Nous voulons avoir du sens. L’ouverture d’un service d’urgence génère de l’activité pour les blocs. La Polyclinique traite tous les patients, il n’y a pas et il n’y aura jamais de sélection de patients…»

«Ils voient des médecins partout»
Comment va évoluer l’offre de soin de notre pays à l’heure où l’on parle souvent de «déserts médicaux» ? Pour le patron de la Polyclinique, la concentration de l’offre médicale est inéluctable : «Le remplacement des anciens médecins ruraux par un médecin étranger ne tient pas la route !» Les Français auraient gardé en tête l’image du médecin de famille présent dans chaque village, sans prévoir l’évolution sociologique de la profession. Désormais le médecin ne peut plus se retrouver seul, soit parce qu’il est marié avec une personne qui n’exerce pas cette profession, soit qu’il a besoin de mutualiser son foncier pour des impératifs économiques, soit qu’il ressente l’impérieuse nécessité d’un regroupement pour favoriser le partage des connaissances. «Le médecin de garde 24h/24 qui se lève en pleine nuit au moindre appel ce n’est plus possible. De plus La formation permanente des médecins est devenue incontournable. Les meilleurs médecins seront toujours ceux qui ne sont pas seuls. Ils ont besoin de se regrouper pour confronter leurs expériences.» Le chirurgien d’hier était spécialisé en tout, il intervenait en chirurgie orthopédique ou viscérale indifféremment. Désormais les spécialisations sont de plus en plus pointues et exigeantes. Par extension, pour Yvan Saumet, un système de garde efficace c’est au minimum trois praticiens complémentaires dans une spécialité différentes.

Le concept Pôle Santé, forcément concentrationnaire, serait l’avenir d’une offre de soin de qualité et économiquement pérenne. C’est acté. Il n’y a pas d’autres schémas. On fustige la démographie médicale, mais c’est un faux problème. Il y a plus de médecins aujourd’hui qu’il y a 10 ans.» Les Français demanderaient beaucoup à leur médecin… Trop ? Aujourd’hui la revalorisation de l’offre médicale en milieu rural passerait par une revalorisation salariale. «On leur demande beaucoup avec peu de reconnaissance. Il existe bien des Smicards de la santé. Les rémunérations des médecins de secteur 1 ne sont pas normales.» Enfin, Yvan Saumet assure qu’il vaut mieux faire 60 Kms pour trouver un plateau de qualité bien équipé, plutôt que de trouver une offre de soin de proximité qui ne dispose pas de tous les matériels techniques indispensables. «Toutes les études vont en ce sens. Ce n’est pas l’établissement de proximité qui est le plus efficace, mais celui qui possède la taille critique».

C’est une chance qu’a su saisir la ville de Blois. D’abord pour les 600 emplois induits sur zone. La concentration médicale n’est plus une question de concurrence entre Blois et un chef-lieu de canton. Désormais c’est vers Tours ou à Orléans que s’effectue l’attractivité médicale. «Nous avons réussi à sauver ces emplois sur Blois. Toutes les femmes préfèreraient accoucher à un pas de leur domicile, mais rien ne le justifie.»

Didier Morazin

Partager cet article
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email