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Commerce de centre-ville : les racines du mal

rue-denis-papin

Un récent rapport de l’Inspection générale des finances pointe du doigt la situation préoccupante des centres-villes notamment l’augmentation des commerces vacants, et remue le couteau dans la plaie à Blois. Louis Buteau, adjoint au maire délégué au commerce et à l’artisanat ne cache pas ses inquiétudes et doute que le projet Saint-Vincent-gare-Médicis puisse à lui seul revitaliser le centre-ville blésois. Il n’est pas le seul. Les racines du mal semblent plus profondes : s’y attaque-t-on vraiment ?

L’expérience vaut la peine d’être vécue. Sortant du hall la gare de Blois-Chambord, l’usager de la ligne Tours-Paris est accueilli par un commerce vide depuis des années : un ancien restaurant. Arrivé rue Porte-Côté, le promeneur déambulera dans « l’hyper centre », soit les environs des rues Portes-Chartraines, du Commerce, les places Avé-Maria et Louis-XII, rue des Orfèvres, des Trois-Clés, Denis-Papin. S’il est joueur, il peut compter les cellules commerciales vides – dont certaines depuis des années : 64 (sur l’ensemble de la commune). C’est le numéro d’un département qui fait rêver, mais une situation qui désole Marc Gricourt, ses adjoints, et particulièrement celui délégué au commerce et à l’artisanat Louis Buteau. Ils ne sont pas seuls : les élus d’opposition et les commerçants eux-mêmes se demandent quand le centre-ville retrouvera des couleurs, nostalgie d’une époque semblant lointaine où le commerce de proximité vivait encore correctement. L’âge d’or où si les hypermarchés, leurs galeries marchandes et parkings gratuits existaient déjà, ils n’avaient pas encore tout vampirisé.

De cette gangrène commerciale, trois symptômes se dégagent : la diminution structurelle de la consommation des ménages, le développement acharné des zones commerciales périphériques (avec la bénédiction des élus du territoire), la concurrence du commerce sur Internet (notamment celui de l’occasion de particuliers à particuliers). On peut en ajouter d’autres : le prix élevé des loyers des cellules commerciales de centre-ville, la baisse démographique et la paupérisation de la population des villes moyennes. Ces racines du mal sont connues, déplorées, analysées, abondamment commentées. Face à elles, le petit monde commercial des centres-villes et les élus semblent impuissants. Les solutions, faute de prendre le problème à bras-le-corps manquent.

Pourtant, des tentatives de remèdes sont régulièrement mises en œuvre, mais sont-elles efficaces ? La taxe sur les commerces vacants, votée fin 2013 par la majorité municipale, pour contraindre les propriétaires de cellules commerciales vides à louer sans tarder leurs pas de porte, n’a pas apporté l’effet souhaité. Face une Fédération des commerçants et artisans blésois qui souffrait déjà fin 2013 à Blois, le cabinet Obsand de Thibault Le Carpentier, spécialisé dans la revitalisation des centres-villes, devait « booster » le commerce blésois, avec les chéquiers « Blois shopping », le défilé de mode et les tarifs attractifs des parkings. Il a fait pschitt. Le directeur du cabinet Obsand – qui empocha la coquette somme de 20 000 € (dont la moitié par la Ville l’autre moitié par la CCI) – avait promis : « Tout sera mesurable, combien de clients, quel chiffre d’affaires », etc. On connaît la suite.

Jouer la carte
de l’agglomération

Le projet Saint-Vincent-gare-Médicis, avec le centre commercial prévu au chevet de l’église Saint-Vincent, et dont la Ville vient d’acquérir le foncier du collège Saint-Charles (qui déménagera dans l’ancien collège Saint-Vincent-Père-Brottier rue de la Garenne), est présenté comme la solution à la redynamisation du centre-ville. A condition qu’une « locomotive » commerciale décide de s’y installer, ce qui pour l’heure est loin d’être le cas. Un projet qui rend sceptique Bruno Queste, président de la Fédération blésoise des commerçants et artisans : « La première chose qui manque sur ce sujet, c’est une communication officielle claire. Qu’est-ce qui se fait, qu’est-ce qui n’est pas fait, ce qui reste à faire etc. Actuellement, la communication est anarchique, beaucoup sur les réseaux sociaux où on lit tout et n’importe quoi. Où en est-on ? Voilà ce sur quoi il faut officiellement communiquer. Tout cela est relayé par des commerçants qui s’inquiètent, jusqu’à dire : est-ce que ça ne va pas nous écraser aussi ? Alors y a-t-il une place pour le projet Saint-Vincent ? Aujourd’hui, je ne sais pas. Ça ne doit pas en tout cas vider des rues pour remplir le centre commercial. Il faut aussi voir que fin 2017, on va sortir d’une période de travaux de trois ans, et on dit aux commerçants, en 2018 on remet ça pour 3 ans… Ils sont inquiets et on les comprend ».

Un avis que n’est pas loin de partager son homologue de la rive gauche, Philippe Bahu, directeur de la supérette Diagonale avenue Wilson et président de l’association des commerçants Blois-Rive Gauche : « Je suis circonspect sur le projet. Ça dépendra de la fameuse locomotive commerciale attendue. Il n’y a pas de potentiel en centre-ville de Blois pour développer un tel centre commercial type Monoprix. Il ne faut pas se comparer à des villes comme Orléans ou Tours. Nous, en Vienne, on arrive à vivre car nous avons une zone de chalandise de 7 000 habitants. Et une des forces en Vienne c’est la présence du commerce de bouche. Quand le commerce de bouche s’en va, s’est le début de la fin ». L’adjoint au maire délégué au commerce Louis Buteau avait lui-même lancé le pavé dans la mare, par voix de presse et même au conseil municipal du 21 novembre dernier. Il préconise l’engagement pour la Ville et l’agglo d’un spécialiste, un vrai professionnel du commerce, et de travailler plus avec Agglopolys : « Il pourrait avoir une fonction pour la commune de Blois, et une mission pour l’agglo. C’est un choix politique à faire, ou pas. Nous sommes en période d’orientations budgétaires, c’est maintenant qu’on peut le décider… ». Le maire de Blois entend-il les arguments ? « On en discute… » répond L. Buteau après un bref silence.

Le stationnement…
Il y a un problème
de stationnement ?

Aussi sûrement que Noël en décembre et les marronniers de la rentrée scolaire, le problème d’accessibilité et de stationnement du centre-ville de Blois revient sur le tapis. Pour le maire et ses adjoints (qui se déplacent essentiellement à pied ou en vélo) : il n’y a pas de problème de stationnement ni de circulation : il y a les parkings souterrains, des stationnements en surface, une offre avec des plages de gratuité en particulier le samedi (2 heures offertes si achat chez un des commerçants partenaires). Dans les faits, les professionnels sont plus mesurés. Pour Philippe Bahu, « On sous-estime les difficultés de stationnement, mais c’est réellement un problème. On nous répond : « il y a des parkings », mais les gens ne veulent pas marcher, on ne peut pas les obliger ! Nous en Vienne, on vit du passage. S’il y a de la place devant le commerce, les gens s’arrêtent. Dans le projet ACVL, il aurait été intéressant de retravailler sur le circuit touristique. Exemple : il y a un grand parking possible au niveau du parc expo en Vienne, on pourrait imaginer des navettes desservant le centre-ville, avec des arrêts réguliers, jusqu’au château. Evidemment on va me dire « cela a un coût », mais sur le long terme c’est bénéfique ».

Pour Bruno Queste, « Il y a des difficultés d’accès aux parkings, à Blois l’offre est essentiellement souterraine. Par exemple, l’accès au parking du château est difficile. Le parking Valin n’est plus adapté à la taille de certaines voitures. Les gens veulent des parkings de surface, gratuits, et proches des commerces où ils vont. En dehors de l’ancienne piscine du quai Saint-Jean, il n’y a rien de tel à Blois, et il est loin. L’accessibilité de la ville, c’est encore autre chose. Les travaux n’ont rien arrangé, voire ont empiré la situation. Des panneaux ont été installés au début des chantiers à l’entrée du centre-ville disant : ne traversez pas le centre-ville, il y a des travaux ». Ça a eu un effet immédiat ! »

Commerce sur Internet : le grand méchant loup ?

Enfin – et c’est loin d’être la fin de l’histoire – comment le commerce indépendant de centre-ville peut-il faire face au « e-commerce », qu’il soit issu des sites officiels des grandes marques ou de particuliers à particuliers, sites d’occasion etc., qui en volume de transaction dépassent tout ce qu’on peut imaginer. Une situation que semblent curieusement sous-estimer les interlocuteurs rencontrés pour les besoins de ce dossier. Pour Louis Buteau : « Les nouvelles tendances sont un engouement qui parfois peut évoluer. Exemple du hard discount : les enseignes revoient leur modèle, certains montent en gamme, comme Lidl, qui n’est plus en croissance. C’est vrai aussi pour le drive : il y a beaucoup d’ouvertures, mais des fermetures aussi. Concernant le commerce de particuliers à particuliers (« C to C »), il n’est pas sûr que le marché s’agrandisse encore. On voit aussi que des grands comme Ikea ou Leroy-Merlin lancent leurs propres sites d’occasion. Pourquoi le commerce indépendant ne pourrait pas le faire ? Le « C to C » c’est un courant, mais pas le seul. Il y a le commerce en circuits courts, le commerce éthique : ils prennent leur place, les enjeux sont importants. L’outil numérique n’est pas toujours l’adversaire des plateformes locales. Sur le sujet, il y a une réflexion à avoir à la fédération des commerçants blésois ».

Pour Bruno Queste (FBCA) effectivement : « sur le commerce en C to C (de particuliers à particuliers), nous n’avons pas ce potentiel-là. L’aspect commande en ligne et réception chez soi est un processus déshumanisé. La force des commerces de centre-ville, c’est l’accueil et le conseil. Mais il y a peut-être une participation possible au e-commerce. La solution serait de trouver des points de livraison. Le problème, c’est que les commerçants indépendants ont des unités de décisions dispersées, il est difficile de mettre tout le monde d’accord, par définition un commerçant indépendant… est indépendant ». Seul Philippe Bahu semble prendre le problème en face, « et vous pouvez y ajouter le drive ! Son développement est anarchique même s’ils perdent de l’argent pour la plupart mais ils occupent le terrain. Ils nous prennent des parts de marché : proximité, chargement direct du véhicule… Contre le « C to C » en effet on ne peut pas trop lutter, mais c’est à nous de nous adapter. En développant nos réseaux, en utilisant Internet aussi pourquoi pas. Il y a une réflexion globale à avoir ». Une idée que Martine Pinville, secrétaire d’Etat au commerce, artisanat, consommation et de l’économie sociale et solidaire préconise pour aider les commerçants des villes moyennes à développer le commerce en ligne de proximité, par des plateformes communes permettant de regrouper les commandes, et des casiers communs pour les livraisons.

Il est encore temps

Le récent rapport de l’Inspection des Finances et le Conseil général de l’environnement et du développement durable sur la revitalisation du commerce dans les centres-villes dressait un état des lieux assez alarmiste de la situation. Au-delà de 15 % de commerces vacants dans un centre-ville la situation est dramatique et quasi irrécupérable. De 10 à 15 % la situation est critique mais pas désespérée. Blois est entre 7,5 et 10 %. Le naufrage n’est donc pas certain, mais si le capitaine et ses matelots ne redressent pas rapidement la barre en regardant bien en face la situation – sans la nier – alors Blois sera en grandes difficultés.

F. Sabourin

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