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BILLET D’HUMEUR d’Éric Yung


Opinion et vérité

« Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion » a écrit Paul Valéry. Une maxime dont on devrait s’inspirer plus souvent tant, aujourd’hui –et les réseaux sociaux ne sont pas innocents dans ce genre de dérive- tout le monde, enfin presque, exprime, sans prendre la précaution d’argumenter, son avis sur tout et à peu près n’importe quoi. La chose, a priori, paraît anodine. En réalité il n’en est rien puisque cette masse de « convictions » exprimées tous azimuts diffuse dans l’opinion publique des pensées générales imprécises, simplistes et parfois totalement fausses. Or, à force d’être répétées et reprises par une presse souvent avide de polémiques et de sensationnalisme, ces dites pensées deviennent une sorte de croyance du moment, une opinion en vogue plus ou moins précaire que beaucoup – hélas ! – supposent être une certitude. Les exemples seraient nombreux à citer mais il faudrait, pour être exhaustif sur le sujet, plusieurs pages du Petit Blaisois. On s’en dispensera donc. Prenons pourtant un exemple du genre. Il est une idée dominante de notre époque selon laquelle tout ce qui est « naturel » est bon pour l’humain et ce, en boudant de plus en plus (si l’on en croit plusieurs sondages) les produits issus de l’industrie et de la recherche médicale qui eux, désormais, nous seraient, plus ou moins néfastes. Sans vouloir aiguillonner l’esprit de controverse, il en est ainsi du débat actuel sur l’utilité des vaccins et de la tendance à nier la nécessité d’une nourriture carnée au profit des compléments alimentaires ingérés de plus en plus pour compenser les carences alimentaires qui réapparaissent dans les sociétés occidentales. Une simple information : en 2015, le marché mondial des compléments alimentaires représentait un marché de 8 millions 838 mille dollars ; en 2017 il est passé à 1 billion de dollars. Croyez-le, les laboratoires pharmaceutiques sont contents ! Mais passons outre ce sujet pour nous intéresser à d’autres idées préconçues. Le nouvel archétype de l’industrie automobile est la voiture électrique. Son développement contribuera, forcément nous dit-on, à la chute voire à la disparition totale de la pollution de l’air. C’est peut-être vrai mais ce n’est pas certain. Quelques voix expertes en la matière, se font déjà entendre. Parmi elles il y a celle, récente, de Carlos Tavares (le patron de PSA) qui admet qu’il « n’est pas audible en tant que constructeur automobile » mais qu’il « s’inquiète en tant que citoyen ». Ainsi Mr Tavares prétend « que le monde est fou. Le fait, dit-il, que les autorités nous ordonnent d’aller dans une direction technologique, celle du véhicule électrique, est un gros tournant. Mais, ajoute-t-il et c’est la raison qui l’a conduit à s’exprimer publiquement, « je ne veux pas que dans 30 ans on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que cela en a l’air ». Quid interroge-t-il l’opinion publique « du recyclage des batteries », de « l’utilisation des matières rares de la planète pour fabriquer ces batteries », des « émissions électromagnétiques de la batterie en situation de recharge », « comment faire, demande-t-il encore, pour que l’empreinte carbone de fabrication d’une batterie de véhicule électrique ne soit pas un désastre écologique ? » et comment faire pour que le « recyclage des batteries ne soit pas aussi une catastrophe écologique ? ». Ce n’est pas tout. Mr. Tavares se pose encore la question de « comment trouver suffisamment de matière première rare pour faire les cellules et les chimies des batteries dans la durée ? ». Pour l’instant ces questions sont sans réponse scientifique. Et au président de PSA de constater, avec une certaine forme de regret et de fatalisme, que « toute cette agitation, tout ce chaos, vont se retourner contre nous parce que nous aurons pris de mauvaises décisions dans des contextes émotionnels ». On pourrait, d’un revers de main, repousser loin l’argumentaire de Mr Tavares et prétendre, comme il le craint, que son propos soit considéré uniquement comme celui d’un éventuel défenseur des moteurs thermiques. Une telle prise de position serait cependant légère au regard d’une réalité plus complexe que France Info a développé sur ses antennes de la radio, de la télévision et sur son site Internet. Il y a un facteur économique que nous devons mesurer et apprécier à sa juste valeur pour pouvoir, en effet, se forger une opinion honnête à défaut d’être objective. France Info qui, après une longue et sérieuse enquête, fait le constat que, dans la recherche d’une solution à la pollution, la voiture électrique que l’on dit « propre » consomme en réalité « une énergie écologiquement discutable ». Elle fait appel, en effet, à des « matériaux dont l’utilisation (plasturgie, extraction de lithium etc.) dégage du CO2 ». Or, si l’on en croit toujours France Info, 2 millions de batteries ont été vendues en 2016 ; il y en aura 6 millions dans trois ans et la croissance des batteries au lithium sera « exponentielle et gigantesque ». Par ailleurs, -et ceci explique peut-être cela – l’existence et le développement unique de la voiture électrique génère, aujourd’hui, un fabuleux marché qui se chiffre en centaines de milliards de dollars. Déjà, une guerre économique fait rage. Elle est aujourd’hui dominée par la Chine et les U.S.A., deux pays qui ont flairé le bon filon soi-disant « écologique ». Attention, que l’on ne s’y trompe pas ! Il ne s’agit surtout pas de défendre, ici, l’énergie produite par les moteurs thermiques qui est, sans conteste, polluante. Elle est d’ailleurs condamnée à terme. Cependant, prétendre – si l’on en croit les personnes qualifiées pour le dire- que la voiture électrique est la solution de tous nos maux écologiques, exige de la réserve et un examen cartésien de ses avantages et de ses inconvénients. Pour les scientifiques et beaucoup d’industriels, l’avenir serait la mise au point et l’exploitation du moteur à hydrogène. Selon eux, ce serait la solution viable, d’avenir. Pour conclure brièvement ce billet, prenons un autre exemple qui « accouple le mensonge et la crédulité et engendre l’opinion » c’est le fameux bio. Certes, il est incontestable que l’alimentation biologique est plus saine que celle que nous avons connue jusque-là. Mais accepter, sans nuance, la culture bio, est une illusion. Sachez qu’un Français sur deux, selon une étude IPSOS réalisée en 2016, ignore que l’agriculture biologique utilise des pesticides puisque c’est le cas. Ce pourcentage augmente dès lors que la population âgée de 50 à 64 ans est interrogée pour le compte du blog « Alerte-Environnement ». Mais taisons-nous. Il s’agit d’un autre débat qui ne manquerait pas, à coup sûr, d’enflammer les esprits de celles et ceux qui ne veulent pas abandonner leur opinion au profit d’une vérité.

Éric Yung

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